Le bar improvisé entre amis

« Hey ce soir ça vous tentes-tu de sortir ?

– Ouais ça pourrait être drôle !

– Moi je sais pas faut que j’économise…

– Hey les gars ça vous déranges-tu si j’amène ma blonde ?

– On vas tu au St-Su ?

– Non j’suis tanné du St-Su, me semble que c’est toujours là-bas qu’on va.

– Ok mais propose d’abord !

– Tokyo Bar ?

– J’veux pas aller clubber on va dans un bar nice. »

C’est comme ça que ça commence. Ça commence toujours par une proposition butchée sur une conversation facebook privée entre amis. Tsé la conversation où vous dites juste des niaiseries et qui vous donne toujours 42 nouvelles notifications quand tu t’en vas pisser ?

Elle porte le nom d’un inside que vous avez entre vous autres ou une catchphrase d’émission, genre « suit up ».

Du gossage de dernière minute qui aboutit toujours au même endroit. LE bar. Celui-là.

Je sors. Je suis content parce que j’suis avec mes chums. Je prend une bière, on a plusieurs conversations en même temps mais on les suit toutes quand même, parce qu’on est des chums.

Une sortie au bar entre amis, c’est quelque chose de sacré ! Faut choisir qui on invite directement, qui on invite indirectement… Parce que y’a toujours quelqu’un qui fait partie des amis, mais qui est pas si proche, quelqu’un qu’on invite de temps en temps. Souvent c’est le gars au Cégep qui était ami avec tout le monde parce qu’il fait des jokes et qu’il veut toujours chanter la même toune que toi au karaoké. Ou ben la fille cool que vous considérez comme un garçon tellement elle boit, mais qu’y est pas votre amie proche pour la seule raison qu’elle dit toujours au gens que vous la considérez comme un garçon.

Là j’aperçois une fille. Elle est vraiment belle. Pas la plus belle, mais elle m’a lancé un regard, donc elle est intéressée, donc elle est assez belle. Elle est avec ses amies et nos regards se sont croisés. Je fais comme si de rien était, je ris des jokes du gars du Cégep ben fort, mais dans le fond je l’ai même pas entendu sa blague. Tout ce qui se passe dans ma tête c’est : est-ce qu’elle est intéressée ? Est-ce qu’elle m’a vu et m’a choisi ?

Je la regarde de temps en temps, mais ça c’est seulement parce que tout le temps ça serait mal vu. Je cherche à croiser son regard, comme ça je peux être celui qui évite de croiser son regard. La fille doit se dire que je la trouve de mon goût, et là j’vais la travailler, et si je l’intéresse, elle va venir me parler. C’est sûr que c’est ça qu’elle se dit.

Faire les premiers pas, ça se fait juste dans les films. De nos jours, c’est les filles qui viennent vers nous si on les intéresse. Si elles ne viennent pas, ça veut dire que ça aurait jamais marché anyway. Je viens d’éviter l’humiliation. Dis comme ça, ça a l’air rationnel.

Après un bon cinq minutes de jeu de tag visuel, elle s’en va. Ses amies s’en vont. Elles mettent leurs manteaux. Elles sortent du bar. Je viens d’éviter toute une humiliation.

Je suis rassuré mais déçu. La blonde de mon amie vient me voir pour me dire qu’elle veut me présenter une fille : « T’es un gars à blonde toi, ça se voit que tu ferais un bon chum. Lâches donc Tinder, toi il te faut une vraie fille. »

Elle a tort. Je vais pas lâcher Tinder. Sur Tinder au moins tu sais déjà que la fille te trouve de son goût, ça met en confiance. Même si j’ai jamais eu de date grâce à ça. Je passe proche par contre : quand quelqu’un me dit « y’A tu une fille dans ta vie ? » je réponds toujours : « Oh ben j’parle à une couple de filles sur tinder là ». J’ai l’air d’un player, pis là la personne me dit « ayoye t’es tellement rendu player » et je réponds juste « Ben non là je suis pas comme ça ». Techniquement j’ai menti dans aucune des phrases. Mais j’finis la soirée tout seul pareil.

L’honnêteté c’est overrated.

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